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Hydrogène vert, grande révolution du siècle ? Olivier Joubert, directeur au CNRS répond

Parmi les énergies renouvelables, l’hydrogène est une solution plébiscitée par l’Etat et l’Union européenne pour la transition écologique et énergétique. Son principal défi est de devenir durable. Olivier Joubert, directeur de la fédération de recherche hydrogène au CNRS, revient sur le secteur et ses perspectives. [Energies renouvelables 1/6]

« L’hydrogène vert, c’est l’un des secteurs dans lequel nous pouvons être leaders », a assuré Emmanuel Macron à l’occasion de la présentation du plan France 2030. En ce sens, le gouvernement a annoncé investir à hauteur de 7 milliards d’euros d’ici 2030 pour développer l’hydrogène vert dans l’Hexagone. La France produit près d’un million de tonnes d’hydrogène par an, pourtant, moins de 50 000 tonnes le sont par méthodes décarbonées. « Le principal objectif est de remplacer l’hydrogène gris, produit à base d’hydrocarbure », explique Olivier Joubert, directeur de la fédération de recherche hydrogène au CNRS.

L’hydrogène est issu à 95 % d’énergies fossiles

Si à l’avenir nous voyagerons peut-être dans un avion à hydrogène, pour l’instant, celui-ci sert avant tout à produire de l’ammoniac utilisé dans l’agriculture pour fabriquer des engrais. « On utilise aussi l’hydrogène dans les raffineries pour supprimer le souffre des carburants ». L’hydrogène issu des hydrocarbures reste pour l’instant le plus facile et le moins couteux à extraire, 95 % de sa production est issu d’énergies fossiles. Pour verdir l’hydrogène, il faut le séparer de l’eau. Mais l’électrolyse, technique utilisée pour détacher l’hydrogène de l’eau, « coûte chère et est très dépendante du prix de l’électricité », indique Olivier Joubert. Pour que l’opération soit un succès, il faut passer par un cercle vertueux où l’électrolyse est générée par des énergies renouvelables, donnant ainsi de l’hydrogène vert qui pourra servir à stocker ces mêmes énergies renouvelables. « Ce sont des énergies intermittentes. L’hydrogène apparaît comme un moyen de les stocker et ainsi lisser leur production sur toute une année ». 

Au-delà du stockage, l’Etat a pour ambition, à travers son plan Hydrogène, de décarboner l’industrie en faisant émerger une filière française de l’électrolyse et développer une mobilité lourde fonctionnant à l’hydrogène renouvelable. Différents acteurs français misent déjà sur ces marchés comme l’entreprise nantaise Lhyfe, qui a récemment inauguré son premier site de production industrielle d’hydrogène par électrolyse de l’eau, avec de l’électricité d’origine éolienne locale. « Les objectifs fixés par l’Etat passent notamment par ces entreprises qui forment le tissu d’une technologie robuste sur lequel il faut miser », indique le directeur de la fédération de recherche hydrogène au CNRS.

Des avions à hydrogène d’ici 2035

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a déclaré : « La France a la conviction que l’hydrogène décarboné sera l’une des grandes révolutions de notre siècle ». Nos usages seront toujours les mêmes, mais les différents transports pourraient voir leurs moteurs thermiques être remplacés par des moteurs à hydrogène. Airbus travaille notamment sur un avion à hydrogène qui devrait prendre son envol en 2035. Avant ça, l’hydrogène vert pourrait se faire une place dans notre quotidien. Les véhicules à hydrogène permettraient de raccourcir le temps de rechargement passant à 5 minutes, contre une trentaine de minutes pour les véhicules électriques actuels les plus performants. « Il y a des objectifs fixés à 2030 : plusieurs centaines de camions, des milliers de voitures, des bus, des trains circuleront grâce à l’hydrogène ». La ville de Pau est d’ailleurs la première ville au monde à avoir développé une ligne de bus à hydrogène.

Mais Olivier Joubert l’assure : « Il faut du temps pour développer et démocratiser à grande échelle des systèmes aussi complexes ». Quant aux risques liés à l’hydrogène, le directeur rappelle que, « comme l’essence ou le gasoil, l’hydrogène est un combustible. Il y a des risques d’explosion. Mais il vaut mieux renverser de l’hydrogène qui se dilue rapidement dans l’air que de l’essence », assure le spécialiste. « Les risques sont maitrisés. Toyota produit et vend des voitures à hydrogène, ils n’ont jamais eu de problèmes », poursuit-il. Si l’hydrogène est sur toutes les bouches, c’est bien parce qu’elle apparaît comme une solution viable, « mais il ne faut pas en faire une panacée. La transition énergétique passe par l’ensemble des énergies renouvelables. Elles sont toutes indispensables ». 

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