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Internationalisation durable – oxymore ou futur souhaitable ?

Lors de la dernière Commission Relations internationales organisée par la Conférence des grandes écoles en juin dernier, les experts se sont interrogés sur la possibilité ou non de concilier internationalisation et développement durable au sein du monde de l’enseignement supérieur dans les années à venir. 

En 1972, sollicitée par le Club de Rome pour se pencher sur l’avenir de l’humanité, Donella Meadows explique dans The Limit to Growth qu’un « changement d’objectif modifie profondément un système, même si chaque élément et interconnexion reste le même ». Cette approche systémique peut être définie comme la recherche de solutions durables à des problématiques économiques, environnementales, sociétales etc. par l’évolution des pratiques et des mentalités aussi bien à l’échelle locale qu’internationale. Dans un monde où l’internationalisation croissante des étudiants est couplée aux défis du développement durable, il devient urgent d’adopter une approche globale des impacts.

Selon les données 2022 de Campus France, pour la première fois, le monde compte plus de 6 millions d’étudiants mobiles soit 35% de plus en 5 ans. Si l’internationalisation offre l’opportunité à de nombreux jeunes de s’ouvrir à la diversité culturelle, d’acquérir des compétences internationales et un réseau mondial, il est indéniable que l’impact environnemental des déplacements n’est pas négligeable. En représentant jusqu’à 70% de l’empreinte carbone des établissements de l’enseignement supérieur, les émissions annuelles des étudiants mobiles sont comparables à celles d’un pays comme la Croatie.Dans ce contexte, l’internationalisation peut être utilisée comme un moyen de questionner le rôle de l’enseignement supérieur dans la construction d’un futur souhaitable où la volonté de contribuer à un monde meilleur dépasse, voire remplace la concurrence pour attirer les meilleurs étudiants internationaux.

Table ronde organisée par la CGE lors de la Commission RI sur l’internationalisation durable

C’est au sein de l’Institut National du Service Public (anciennement Ecole Nationale d’Administration) que Jean-Christophe Carteron, président de Sulitest et cofondateur de Sulitest Impact, a ainsi ouvert la commission Relations internationales sur l’internationalisation durable organisée le 23 juin 2023 par la Conférence des grandes écoles. Au cours de cette journée, s’est posée la question de savoir si l’internationalisation durable n’est que pure utopie ou véritable défi et nécessité d’avenir.

(Ré)concilier mobilités internationales et empreinte écologique ?

Un premier élément de réflexion montrant la possibilité d’un futur commun entre internationalisation et durabilité a été apporté par Giorgio Marinoni, responsable de l’enseignement supérieur et de l’internationalisation de l’Association Internationale des Universités, qui porte une vision spécifique de l’internationalisation pour la société et le bien commun mondial.

En savoir plus sur l’AIU

La pandémie de COVID-19 : un changement de donne ?

Un premier constat notoire est à mettre en évidence : la pandémie a bouleversé les modèles de mobilité. En 2022, 31% des établissements d’enseignement supérieur avaient déjà changé leur stratégie d’internationalisation en accordant une importance accrue aux échanges virtuels, à l’apprentissage collaboratif mais également à la formation du personnel académique en adoptant une approche beaucoup plus holistique.

La 6ème enquête mondiale de l’AIU sur l’internationalisationClick here to learn more

Depuis 2003, l’AIU publie des rapports d’enquêtes sur l’internationalisation en analysant les données mondiales et régionales sur les tendances et les évolutions dans le domaine de l’enseignement supérieur international et l’élaboration de politiques connexes. La 6ème enquête effectuée en 2023 tend à montrer qu’à l’échelle mondiale, activités d’internationalisation et initiatives de développement durable sont liées dans 59% des établissements. En outre, 28% des établissements possèdent une politique pour utiliser l’internationalisation comme un moyen de soutenir le développement durable.

Sondage réalisé par l’AIU auprès de ses membres en 2023 (Source: International Association of Universities (2023) 6th IAU Global Survey on internationalization of higher education: the future of internationalization of higher education. [Unpublished raw data])

Poursuivre le changement : Footprint vs. Handprint

Néanmoins, il reste important de faire attention à ne pas adopter une approche trop limitée. En effet, l’internationalisation ne se résume pas à la mobilité, tout comme le développement durable ne se résume pas à l’action climatique. La réduction de l’empreinte carbone est certes fondamentale mais il n’en est pas moins qu’elle reste parfois impossible ou contre-productive : un impact négatif sur le climat peut être compensé par les résultats bénéfiques qui découlent des échanges internationaux, immédiatement ou à l’avenir. Il est donc nécessaire d’augmenter les Handprints. Les Footprints représentent le « coût » planétaire total de notre présence tandis que les Handprints désignent ses bénéfices. Si les Footprints sont ce que nous prenons de manière inévitable, les Handprints sont ce que nous donnons de manière intentionnelle.

Les bonnes pratiques à adopter pour concilier efficacement internationalisation et durabilité

• L’Université de York

L’Université de York est un cas d’école pour permettre d’étayer les bonnes pratiques à mettre en place pour concilier internationalisation et développement durable de manière optimale. Tout d’abord, l’établissement dispose d’une stratégie de développement durable dont l’objectif est d’inspirer des changements positifs notamment en favorisant une culture de la durabilité au sein de l’université et au-delà de ses frontières. D’autre part, la chaire UNESCO sur la réorientation de l’éducation vers le développement durable à l’Université de York se concentre sur le renforcement des réseaux mondiaux et la promotion de la recherche qui soutient l’élaboration de politiques responsables et inclusives dans le domaine de l’éducation. Enfin, le défi étudiant « SDGs in Action » permet aux étudiants de York et à leurs pairs internationaux de développer des compétences en termes de leadership, en gestion de projet nécessaire pour agir sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), ainsi qu’une aisance numérique grâce à des discussions animées, des ateliers et des opportunités d’immersion à l’étranger.

• Le groupe de travail mondial de l’AIU sur le développement durable

Au sein de ce groupe de travail, 16 universités de toutes les régions du monde dirigent des travaux sur les ODD avec pour objectif commun la progression du développement durable dans sa vision la plus holistique au sein de l’enseignement supérieur.

     Liste des membres et des satellites du groupe de travail

• Le projet Polytech Green de Polytech Montpellier

Porté par Eric Anglaret, directeur délégué RI de Polytech Montpellier et coordinateur du projet, Polytech Green est né d’un constat : l’empreinte carbone majoritaire de l’école est due aux déplacements locaux et internationaux des étudiants. La volonté de monter un programme éco-responsable a alors émergé. Pour ce faire deux projets ont été pensé. Premièrement, mesurer et réduire l’empreinte carbone liée aux transports internationaux. La mesure de l’empreinte carbone via l’outil MOBILAN a permis de constater que la moyenne annuelle des mobilités internationales des élèves est de 620 keq CO2 par mobilité. Autre fait marquant : 63% des mobilités vers l’Europe ne représentent que 22% des émissions. Encourager les mobilités en Europe et promouvoir les moyens de transports à faible impact GES sont donc des solutions non négligeables voir indispensables pour diminuer l’empreinte carbone des transports.

Le second projet est davantage centré sur une thématique relative aux études, stages ou projets directement liés à la transition écologique. Dans ce contexte et en partenariat avec des établissements québécois, les étudiants impliqués pourront effectuer un échange au Québec tout en maintenant leurs émissions de gaz à effet de serre à un niveau raisonnable, puisque le voyage s’effectuera en TGV de Montpellier jusqu’à Saint-Nazaire puis en cargo à propulsion vélique jusqu’au Québec ! Ce projet ambitieux permettra de diviser considérablement l’empreinte carbone de l’établissement et de ses étudiants dans la mesure où ce moyen de transport émet 30 fois moins de CO2 qu’un avion.

Trajet Montpellier-Montréal éco-responsable envisagé dans le cadre du projet Polytech Green

Agir ensemble de manière glocale

Une prise de conscience à l’échelle internationale

La communauté internationale de l’éducation a pris conscience de l’importance de réduire l’empreinte écologique de l’internationalisation et en particulier de la mobilité. Ainsi, l’initiative Climate Action Network for International Educators – CANIE, formée de praticiens de l’éducation internationale, voit la nécessité pour le secteur de s’engager et d’agir sur le climat. En ce sens, a été créé le CANIE Accord fournissant trois grands principes à suivre pour renforcer et accélérer l’engagement du secteur en faveur de l’action climatique. Prendre des mesures immédiates, collaborer, innover, éduquer et enfin élaborer des solutions climatiques qui favorisent la justice sociale sont ainsi indispensables pour espérer réduire l’empreinte écologique de l’internationalisation.

Renforcer les coopérations internationales

Une délégation de plus de 60 responsables des relations internationales des écoles d’agronomie de 15 pays européens dont Marine Godaux, directrice des relations internationales à AgroParisTech, ont participé à la 26ème édition de la conférence annuelle de l’IROICA tenue du 12 au 16 juin 2023 à l’Université des ressources naturelles et des sciences de la vie (BOKU) à Vienne puis au cœur des Alpes autrichiennes à Innsbruck au sein de MCI. IROICA est le réseau des responsables des relations internationales de l’Association des universités européennes des sciences de la vie (ICA).

      Les participants à l’IROICA Staff Training 2023

Le thème choisi pour cette 26ème édition était « INTERNATIONALISATION & SUSTAINABILITY ? Yes we can ! Can we ? ». Cette rencontre a été l’occasion d’insister sur l’importance de la prise en compte des questions de développement durable au sein de tout le fonctionnement institutionnel des établissements d’enseignement supérieur. En outre des questions sur les enjeux éthiques viennent également se poser parmi lesquelles la promotion de modes de vie durables une fois sur place pour permettre aux étudiants d’adopter un comportement éco-responsable sans rien perdre de leur séjour. Autre point important mentionné : la qualité de la mobilité et l’acquisition de compétences ne sont pas fonction de la distance. Il est donc important de sensibiliser les étudiants sur leur empreinte carbone. La mise en place de quotas d’émissions au cours du cursus peut être une solution envisageable pour que les étudiants soient davantage sensibilisés aux questions de développement durable et apprennent à limiter leur empreinte par eux-mêmes.

Visite du tunnel de base du Brenner lors de la formation IROICA au MCI

Les participants ont également pu bénéficier d’une véritable expérience sur le plan personnel. La simulation climatique à laquelle ils ont participé leur a permis de prendre davantage conscience de l’impact des décisions prises en matière environnementale. De nombreuses visites étaient également inscrites au programme comme la construction du tunnel de base du Brenner.

L’engagement étudiant au sein de l’association Pour un Réveil Ecologique

Malgré l’augmentation des préoccupations de la population concernant les enjeux environnementaux, de nombreux étudiants déplorent l’insuffisance des trajectoires climatiques du gouvernement et des entreprises. Le collectif Pour un réveil écologique, représenté lors de la journée du 23 juin par Benjamin Valette, étudiant aux Mines Paris PSL, a publié en 2018 un Manifeste sur l’importance de la défense de l’environnement. Ce collectif d’étudiants engagés a pour ambition et volonté de participer à la transformation rapide et efficace des établissements et entreprises françaises.

Pour un réveil écologique

Pour y parvenir, un plaidoyer présentant 10 mesures pour transformer les établissements face aux enjeux écologiques a été réalisé. Il comporte quatre mesures sur la structure de la gouvernance, trois mesures sur la formation avec l’adoption d’un tronc commun sur la transition écologique, deux mesures sur la réduction des impacts environnementaux directs et une mesure sur la mobilité internationale étudiante. À ce propos, Benjamin Valette note l’importance de changer le paradigme selon lequel le développement de compétences interculturelles passe nécessairement par le fait de partir et de partir loin. De nos jours, la mobilité est vue comme un territoire de compétitivité inter-écoles. Il est nécessaire de l’appréhender davantage comme un moyen d’augmenter ses compétences interculturelles à faibles coûts environnementaux. La responsabilité est donc du côté des établissements de diminuer cette vision de compétition en prenant davantage en compte les enjeux environnementaux.

S’interroger sur notre responsabilité collective et partagée

De plus en plus les étudiants intègrent dans leur formation les enjeux environnementaux. Cependant Roxane Lundy, chargée de mission auprès de la directrice générale de Campus France mets en évidence un point de tension entre la responsabilité sociétale croissante des jeunes et l’expérience interculturelle que permet la mobilité. Cette problématique se doit d’être prise en compte dans les mesures mises en place par Campus France, en particulier dans l’argumentaire déployé pour attirer les étudiants internationaux. En effet, ces derniers sont de plus en plus nombreux à privilégier des établissements qui déploient une stratégie de développement durable, en offrant par exemple un cadre de vie éco-responsable.

Aussi bien pour Campus France que pour les établissements, il est urgent d’effectuer un travail sur les formations qui se doivent d’intégrer davantage la transformation durable et d’accentuer les processus de verdissement des campus. C’est en ce sens que Sulitest a lancé TASK (The Assessment of Sustainable Knowledge), qui vise à s’assurer que le développement durable soit un langage commun pour les étudiants du monde entier. Le lancement d’un chantier traitant de la promotion durable est par ailleurs nécessaire et pour se faire, la question climatique doit entrer dans une logique de coopération entre pays. Ils se doivent d’actionner leurs leviers opérationnels en restructurant leur politique d’achat, en promouvant l’inclusion ou encore en faisant évoluer leur politique de voyage en revoyant à la hausse la durée des mobilités pour éviter les échanges courts dont les impacts négatifs surpassent les impacts positifs.

L’accueil des étudiants internationaux est l’un des piliers de « Bienvenue en France », la stratégie nationale d’attractivité de l’enseignement supérieur supervisée par Campus France

Si l’internationalisation et le développement durable ne sont pour l’instant pas encore devenus un oxymore, il semble pour autant nécessaire d’agir dès à présent, et pour se faire, des actions concrètes sont réalisables à tous les niveaux. L’internationalisation est fondamentale pour former la prochaine génération de citoyens « glocaux », responsables, qui relèveront les défis mondiaux de demain et mèneront la quête du développement durable à son résultat.

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